Vos parents n'auraient jamais fait ça. Vous, si.

deux photographies d'époques différentes posées sur une tableVotre mère est peut-être devenue veuve à soixante-deux ans. Elle l’est restée.

Ce n’était pas un choix, et personne ne le formulait ainsi. C’était l’ordre des choses. On s’occupait des petits-enfants, on gardait la maison, et l’idée de rencontrer quelqu’un n’était pas rejetée : elle ne se posait pas.

Vous avez le même âge qu’elle alors. Et la question se pose.

Trente ans qui ne se ressemblent pas

La première raison est presque comptable : à soixante-cinq ans aujourd’hui, on a statistiquement une vingtaine d’années devant soi, souvent en bonne santé. Vingt ans, c’est le temps qu’il a fallu pour élever vos enfants. Ce n’est pas une fin de parcours, c’est un chapitre entier.

La deuxième est plus discrète. Votre génération est la première à arriver à cet âge en ayant déjà divorcé, parfois deux fois. Refaire sa vie n’est pas une idée neuve pour vous : vous l’avez déjà fait, ou vous avez vu des proches le faire. Vos parents n’avaient pas ce précédent.

La troisième est matérielle. Vos parents dépendaient souvent de leurs enfants. Vous avez votre logement, vos revenus, votre voiture, et vous décidez seul de votre emploi du temps. L’autonomie change tout : on ne demande pas la permission de rencontrer quelqu’un.

Ce qu’Internet a réellement changé

On dit volontiers que les sites ont créé le phénomène. C’est inexact : le désir existait avant. Ce qu’Internet a changé, c’est l’occasion.

Regardez où l’on rencontrait quelqu’un autrefois : au travail, par des amis, dans le quartier, à l’église, dans une association. Ces lieux fonctionnent très bien à trente ans. À soixante-dix, le travail a disparu, les amis se sont dispersés, et le voisinage n’est plus ce qu’il était.

Autrement dit, le problème n’a jamais été le manque d’envie. C’était le manque d’endroits.

Un site de rencontre ne fait rien d’autre que remplacer ces occasions perdues. Il ne crée pas le désir, il fournit le lieu — et il le fournit sans qu’on ait à expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit, ce qui compte plus qu’on ne l’imagine quand on redoute les commentaires de son entourage.

Le regard des autres a bougé aussi

Il y a vingt ans, une femme de soixante-huit ans qui annonçait fréquenter quelqu’un provoquait un silence à table. Aujourd’hui, c’est banal — pas partout, pas dans toutes les familles, mais globalement.

Cette évolution est récente et inégale. Vous la constaterez probablement dans un sens comme dans l’autre : une amie qui trouve ça formidable, une belle-fille qui pince les lèvres.

Ce qui a vraiment changé, c’est qu’on peut désormais en parler. Ce n’est plus un secret honteux. Vos enfants peuvent être surpris, désapprouver même, mais ils ne penseront pas que c’est indécent. Leurs grands-parents, eux, l’auraient pensé.

Ce que ça ne veut pas dire

Que ce soit devenu courant ne le rend pas facile.

Le marché est plus étroit qu’à trente ans, surtout pour les femmes, qui sont plus nombreuses à être seules. Les habitudes sont installées des deux côtés, et on ne se plie plus aussi volontiers. Et il faut réapprendre des gestes qu’on n’a pas eu à faire depuis très longtemps.

C’est d’ailleurs la vraie difficulté, et elle surprend tout le monde : trouver quelqu’un est souvent moins compliqué que savoir quoi en faire une fois qu’on l’a trouvé.

Ce que ça change pour vous

Une chose, principalement : vous n’avez plus à justifier l’idée elle-même.

Tant qu’on croit faire quelque chose d’inhabituel, on avance en s’excusant. On explique, on minimise, on dit que ce n’est pas sérieux. Ce n’est pas seulement inconfortable : ça s’entend, et ça complique tout le reste.

Vous faites ce que des centaines de milliers de gens de votre âge font en ce moment même. Ce n’est ni audacieux ni tardif. C’est simplement ce qu’on fait, désormais, quand on a du temps devant soi et personne avec qui le passer.

Questions fréquentes

Pourquoi les rencontres après 60 ans se sont-elles multipliées ?
Trois raisons : une vingtaine d’années d’espérance de vie en bonne santé à cet âge, une génération qui a souvent déjà divorcé et pour qui refaire sa vie n’est pas une idée neuve, et une autonomie matérielle que la génération précédente n’avait pas.

Qu’est-ce qu’Internet a changé ?
Pas le désir, qui existait avant : l’occasion. Le travail, les amis, le voisinage fournissaient des rencontres à trente ans. À soixante-dix, ces lieux ont disparu. Un site ne crée pas l’envie, il fournit l’endroit.

Est-ce mal vu de refaire sa vie après 60 ans ?
Beaucoup moins qu’il y a vingt ans. L’évolution est récente et inégale selon les familles, mais ce n’est plus un secret honteux. Vos enfants peuvent être surpris ou désapprouver ; ils ne penseront pas que c’est indécent.

Est-ce plus facile pour autant ?
Non. Le marché est plus étroit qu’à trente ans, surtout pour les femmes, les habitudes sont installées des deux côtés, et il faut réapprendre des gestes qu’on n’a pas eu à faire depuis longtemps.

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